Mr Hamidou Baba Kane (Docteur en Communication et Homme Politique) que l’on ne présente plus. Membre fondateur de l’UFD/EN et du RFD. Ancien député à l’Assemblée nationale avant de prendre la direction du parti Mouvement pour la Refondation (MPR).

Après le vote sanction du sénat, le pouvoir est décidé d’aller jusqu’au bout pour faire passer les amendements constitutionnels. Qu’est ce qui selon vous doit aujourd’hui être le combat du FNDU la principale force de l’opposition ; pour faire échouer le référendum constitutionnel ?

Hamidou Baba Kane: Convenons d’abord que l’entêtement du pouvoir à travers ce jusqu’au boutisme que vous évoquez ne présage rien de bon. Il se passe dans un contexte de violation flagrante de la loi fondamentale du pays, alors que la procédure constitutionnelle, sur tout référendum, qu’il soit inspiré par le Président de la République ou le Parlement, est balisée par des articles précis (99, 100 & 101). Il va sans dire, que le référendum que l’on tente difficilement d’organiser est déjà frappé de nullité juridique. Reste donc à gérer la dimension politique.

 

Le combat du FNDU pour faire échouer le référendum ne saurait être jugé par le résultat qui sortira des urnes. Ce combat dépasse la séquence technique et temporelle d’un scrutin que le pouvoir tentera de manipuler à sa guise. A dire vrai, ce référendum a déjà échoué. Le combat du FNDU consiste à prolonger sa lente agonie.

 

Qu’est-ce qui inquiète le FNDU sur cette réforme Constitutionnelle ?

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la réforme constitutionnelle est mauvaise dans son principe. Le FNDU non plus. Incontestablement, il y a matière à débattre sur certaines de nos institutions et de nos dispositions constitutionnelles. Mais le Chef de l’Etat avait tout le loisir d’accomplir ces réformes durant son premier mandat. Quel extraordinaire gâchis!

Aussi, je fais partie des rares hommes politiques, qui ont constamment et très tôt appelé aux réformes constitutionnelles. Nous avions même insisté, dès janvier 2012, sur la nécessité d’un dialogue renforcé, estimant que celui de septembre-octobre 2011 était insuffisant et faiblement consensuel. Nous avions été plus écoutés, qu’entendus ! Il ne vous échappe pas, que c’était même l’une des raisons fondamentales du retrait, de la Majorité présidentielle, de l’Alliance Patriotique dont nous étions fondateurs.

 

Il est cependant clair que cette réforme tardive, voulue par un pouvoir en fin de mandat,  est issue d’un dialogue non consensuel et qui n’avait d’autre vocation qu’à servir de faire-valoir aux tentatives de triturer la constitution à des fins non avouables. Mais l’essentiel est ailleurs : Il réside dans le fait que lesdites réformes constitutionnelles n’ont fait l’objet d’aucun débat sérieux, profond et motivé.

 

On a agité les Conseils régionaux comme « un machin », un attrape-nigaud pour des sénateurs qui n’ont pas mordu à l’hameçon. C’est une supercherie que de présenter les Conseils régionaux comme un substitut au Sénat alors qu’il s’agit là d’institutions n’ayant pas les mêmes vocations, les mêmes attributions, les mêmes missions ! Qui peut me dire aujourd’hui quels sont les territoires sur lesquels va s’exercer l’autorité de ces fameux conseils régionaux ? Quels seront leurs domaines de compétences et leurs ressources ? Quels rapports, quelle efficacité, vont-ils tenir  de l’Etat et des communes ? On nage dans le cosmétique !

 

On pourrait en dire autant de l’hymne national. Autant il est légitime de s’interroger sur la valeur d’un hymne que nos enfants et peut-être nous-mêmes, ne pouvons pas chanter ensemble, autant il faut nous dire quel hymne on veut mettre à la place ? Sera-t-il simplement instrumental, c’est-à-dire musical ou composé de chanson ? Un hymne avec quel contenu et pour quelles langues dans un pays multiculturel et qui a du mal à assumer tous ses héritages ?

 

On pourrait multiplier les exemples à loisir ! Voyez-vous, ce qui inquiète le FNDU, c’est le contexte d’un référendum non consensuel, illégal dans sa tournure actuelle, opaque dans sa finalité et finalement sans avenir. Dans une période de crise aigüe telle que celle que nous vivons, avec une économie en berne et une croissance plombée, le coût d’un tel référendum sera exorbitant pour nos maigres ressources, en tout cas, cinq fois plus élevé que le budget annuel d’un Sénat qu’on prétend supprimer au nom d’un principe de rationalité !

 

Avez-vous l'impression que vos discours (FNDU) ont un impact sur la manière de gérer les deniers publics dans votre pays ?

Nous sommes dans notre rôle d’alerte, de dénonciation des dérives du pouvoir dans sa gestion des deniers publics. En tout cas, si on en juge par les scandales à répétition, les marchés de gré-à-gré et les délits d’initiés dans les appels d’offres, on peut dire que nous prêchons dans le désert. Cette situation n’est pas sans rappeler celle des années 80, avec les politiques d’ajustement structurel ; et sous couvert d’une privatisation de l’économie, on s’était livré à un bradage des sociétés publiques! Nous vivons aujourd’hui une seconde forme de privatisation de notre économie. Les derniers lambeaux du domaine public de l’Etat, dont l’aliénation des écoles publiques n’en constitue que l’illustration symbolique et caricaturale, tombent dans l’escarcelle du privé.

 

Pendant ce temps, le peuple des pauvres trinque et se demande où est passé « le Président des pauvres » ? Mais ces erreurs, ces fautes de gestion, se payent cash. Alors que la croissance économique moyenne en Afrique est de 5-6%, la nôtre tend à devenir nulle, voire négative. Si par le passé, le défi de notre pays résidait dans la mauvaise répartition de nos richesses, aujourd’hui cette richesse s’est volatilisée, au profit d’une petite coterie, laissant même les anciens riches en voie de paupérisation. Ne parlons pas des éternels exclus !

 

Le dialogue est-il toujours possible entre vous et le gouvernement ?

Ma réponse est oui ! Mais, pour dialoguer, il faut au moins être deux… Je crains que le pouvoir n’est fait l’option du pire : « Après moi le déluge ! ». Les attitudes observées du pouvoir depuis le fameux « dialogue » de septembre 2016 indiquent bien que les calculs du Chef de l’Etat sont ailleurs. Alors que nous étions tout près du but, à savoir le dialogue avec le FNDU, le pouvoir et ses « faucons » avaient pris la tangente. Aussi, si j’en juge par la réaction du Chef de l’Etat, lors de sa conférence de presse du 22 mars 2017, les chances d’un dialogue paraissent bien éloignées. Il est vrai que cette sortie était intervenue dans un contexte de sourde colère, au lendemain d’un camouflet infligé par le Sénat sur la question du référendum.

En tout état de cause, le FNDU a confirmé sa disponibilité au dialogue. Nous en sommes demandeurs pour abréger les souffrances du peuple mauritanien et pour définir ensemble les règles du jeu démocratique. Nous le devons à nous-mêmes, nous le devons à l’avenir.

 

Pourquoi le débat national est-il toujours aussi concentré entre le pouvoir, la majorité et l’opposition « pacifique » ?

Parce que la crise a beaucoup duré, le pays a cessé de travailler depuis longtemps et nous sommes installés dans le « tout est politique » ! Je dois à la vérité de dire, qu’outre le fait qu’en Afrique c’est le politique qui détermine l’économique, le social, le culturel et même le sportif, notre pays a également raté sa démocratisation. Ainsi donc, depuis 1992, nous n’avons jamais eu d’élections apaisées. La constitution de 1991 avait été concoctée dans des officines secrètes, soumise au référendum, sans débat ! Et c’est sans doute là où réside son péché originel. Jusqu’en 2005, ce fut plus qu’une décennie perdue pour la démocratie, durant laquelle la politique ressemblait à un jeu d’enfants, joué par des adultes.

 

Le régime de la Transition (2005-2007), bien qu’il ait apporté des améliorations considérables à la constitution, dont la limitation du mandat présidentiel à 5 ans, renouvelable une seule fois, renvoyait cependant « la patate chaude » des questions nationales à l’après transition. Les résultats sortis des urnes, à l’issue des élections générales, n’étaient pas univoques. S’ils traduisaient bien les prémices d’une recomposition du paysage politique, ils comportaient, à bien des égards, des hésitations de l’histoire et des facteurs confligènes.

 

Jugez-en : En 2007, au sortir des élections générales, nous avions deux légitimités parallèles avec un Président de la République élu après les députés et qui s’est accommodé de leur soutien précaire. L’Assemblée Nationale, elle-même, comptait une majorité de députés indépendants. Le parti le mieux représenté, en tant que parti politique, était de l’Opposition. Et les militaires avaient voulu quitter le pouvoir, sans partir ! On connait la suite…

Cette situation a-t-elle fondamentalement changée ? En tout cas, les agitations des couches dirigeantes, que vous évoquez, ne font souvent que traduire le malaise de la société globale.

 

Les périodes se suivent et se ressemblent en Mauritanie. Contestations, tensions, arrestations : d’où vient cette désespérante répétitivité ?

(Interdiction de la marche de la jeunesse qui s’est soldée par une répression suivie d’arrestations et d’un procès ; grève des chauffeurs de taxis, actes de vandalisme, arrestations et procès, étudiants réclament des bourses, les enseignants réclament les indemnités, les populations revendiquent de l’eau, les problèmes des terres persistent,…).

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on constate la montée des violences dans des revendications souvent légitimes. Par le nombre et la multiplicité des cycles de manifestations-répression, il se dégage une forte impression d’un sentiment généralisé de ras-le-bol, lui-même lié à l’exclusion et au manque de considération face à l’arrogance de ceux qui gouvernent. On a vu une manifestation pacifique de jeunes, par ailleurs apolitique, qui ne réclamaient que leurs droits les plus élémentaires, violemment réprimée, suivie d’arrestations et d’un procès kafkaïen. Quant à la grève des chauffeurs de transport, elle a vite tourné en émeutes, charriant des actes de vandalisme, qu’il faut regretter et dénoncer, mais symptomatiques de l’ampleur de la misère dans les quartiers qui ceinturent la capitale.

 

On ne le dira jamais assez, mais c’est bien l’injustice sociale qui fait le lit du désordre !  Qu’il s’agisse des autres questions que vous avez évoquées et qui constituent des sources de tensions, telles que l’accaparement des terres avec la complicité active des tenants du pouvoir, l’état civil ou plus récemment encore la restriction des libertés par le refus d’empêcher des citoyens de circuler sur une partie du territoire (IRA), ou encore les conditions de détention/libération rocambolesques du Sénateur Mohamed O/ Ghadda, le pouvoir piétine ses propres lois, mais fait également preuve d’une perte de sang-froid et surtout d’un manque de compétences. Et pourtant, avant lui, un autocrate (Bismarck) avait compris à ses dépens, « qu’on pouvait tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir là-dessus» !

 

Etes-vous sûrs que le président va se conformer à l’article 28 de notre constitution et son serment ?

Il vaut peut-être mieux poser cette question au Président de la République lui-même. Ce qui est sûr, c’est qu’il a dit et répété à plusieurs reprises, qu’il entendait se conformer aux dispositions constitutionnelles sur cette question du mandat. Nous avons, plus d’une fois, pris acte. S’il trahit son serment, ce que personnellement j’exclus, Allah et le peuple mauritanien s’en occuperont !

Où en êtes-vous du choix d’un candidat unique de l’opposition? Est-ce une solution pour barrer la route devant le candidat qui sera soutenu par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Vous avez dit un candidat unique de l’opposition ? Une telle perspective est sans doute philosophiquement souhaitable, mais est-elle techniquement possible ; et surtout politiquement efficace ? Au MPR, nous n’avons pas débattu de cette question précise. Notre approche est plus programmatique, que personnifiée. Il me semble que le FNDU travaille dans cette optique, qui est d’abord celle de la formulation d’une offre politique pour une alternance en 2019. C’est aussi cela que les mauritaniens attendent. Ne mettons donc pas la charrue avant les bœufs. A chaque jour suffit sa peine. Pour le reste, prenons le temps de nous convaincre…

 

Comment se porte aujourd’hui, le Mouvement pour la Refondation, qui tout dernièrement a connu d’importantes vagues d’adhésions.

Vous savez, un Parti se juge ou s’évalue d’abord par son programme, ensuite par sa direction ; et enfin, sa base. Les vagues d’adhésions au MPR que vous évoquez, s’expliquent d’abord par le programme du Parti qui a vocation à fédérer deux mauritaniens sur trois. Le MPR fait de l’intégration nationale une ardente obligation. Le socle de la Refondation est bâti sur la recherche obstinée d’un nouveau pacte national face aux périls qui nous menacent.

 

Depuis sa création (09-09-2009), le Parti n’a cessé d’appeler à la mise en œuvre d’un Nouveau contrat de confiance, entre l’Etat et le citoyen d’une part (Questions institutionnelles et démocratiques ; et entre l’Etat et les communautés (Questions nationales et sociales), d’autre part. Je ne reviendrai pas sur le diagnostic archi-connu. C’est ce qui explique notre attachement au dialogue, mais à un vrai dialogue. C’est ce que beaucoup de mauritaniens ont fini par comprendre.

Quant à la Direction du MPR, je pense qu’elle tient son rôle. Je regrette simplement mes absences prolongées du pays, en raison de mes engagements professionnels internationaux; et c’est le lieu de féliciter les camarades qui gardent la flamme allumée et qui travaillent à la massification du Parti.

 

Nous avons fait l’option d’un Parti de masses et non pas d’un parti « de cadres ». C’est ce qui explique l’importance que nous attachons à la diversification des adhésions, aux jeunes et aux femmes. Nous sommes aujourd’hui dans une dynamique de la décentralisation de nos structures, pour cultiver plus de proximité avec la base.

 

Aussi, je lance un appel à tous les mauritaniens qui partagent nos idéaux de paix, d’unité et de démocratie, à participer, avec nous, à l’œuvre salutaire de la Refondation en Marche !

Enfin, mon dernier appel s’adresse à tous les mauritaniens, pour qu’ils s’inscrivent massivement sur les listes électorales et qu’ils participent au Référendum, si le pouvoir persiste à l’organiser, en votant deux fois NON !

Propos recueillis par Aboubecrine SIDI

 

 

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